La guerre des salons à Fleurance


 Fleurance 1948-1949

Déboires d'un Coiffeur à Fleurance

Son certificat d'étude en poche, mon beau-père (BP) avait été dirigé vers ce métier  par des parents propriétaires d'un salon à Auch. Vocation contrariée, car passionné d'électronique il finira ingénieur en chef chez Phillips.

Ma mère, divorcée, remariée, était une brune aux yeux verts dont le regard candide avait roulé plusieurs fois la police allemande  à Auch...(ce qui mériterait tout un volume).

Après le fiasco commercial d' une entreprise de vente et dépannage radio, par la fuite d'un associé avec la caisse, ils avaient décidé de prendre un salon en gérance à Fleurance pour constituer un trésor de guerre avant de tenter leur chance à Paris.

En plus de leur activité de technique radio, ils louaient  des bobines à M. Gesta, du cinéma l'Eden et partaient le soir les projeter dans les communes du Gers.

Mon BP était un excellent coiffeur. A l 'époque des tondeuses électriques, il savait réaliser une coupe entièrement aux ciseaux. Comble de l'art, en avance de dix ans sur la mode, la coupe au rasoir n'avait pas de secrets pour lui.

Pourtant, il était affligé d'un défaut rédhibitoire pour ce métier à cette époque, hélas, il ne parlait pas.

Le client n'était pas séduit par des décors de cinéma ou distrait par La Dépêche, ou Le Midi Olympique sur une table basse à sa disposition, au contraire , les lieux transpiraient la tristesse.

Installé, la tête bien  orientée  d'une main ferme, il se trouvait emporté par un rythme effréné de cisaillements et cliquetis secs interrompus de temps en temps par un brossage énergique. Lors d'une interruption soudaine et bienvenue, il attendait la phase suivante, et voyait alors mon BP  présenter un miroir de coté et vers la nuque. "Et voilà! Je vous fait une friction?"

La friction n'avait aucun succès, les lotions parfumées étaient pourtant la plus importante source de bénéfice. 

Le salon sombrait.

Ma mère devenue "femme au foyer", élevait une poule qui nichait dans un vieux piano laissé par le bailleur de la maison. Elle s'ennuyait à Fleurance malgré la gentillesse de quelques voisines comme la mère de Titou.  En passant devant le salon concurrent de la rue Pasteur, et malgré un éclairage trop discret, elle avait cru apercevoir de nombreux clients à l'intérieur. 

Déjà contrariée par notre situation, elle considérait ce concurrent comme un ennemi à vaincre. Décidée à remonter le salon, elle inaugura une méthode contestable dont on à vu le paroxysme avec les serveuses de bars topless.

Elle décida donc d'aider son mari au salon. Dés lors, c 'est elle qui préparait les instruments et ajustait le peignoir. Et surtout elle savonnait les mentons pour les barbes des jours de marché.

"Nous avons reçu de nouvelles lotions, voulez-vous essayer ? <sourire invitatif>"

Les affaires reprenaient.

Hélas, sa  curiosité satisfaite, la clientèle éphémère disparut peu à peu. Ce ne fut pas l' épisode de sacrifice de cochons dans la cour derrière le salon, qui généra des revenus suffisants. Tout juste quelques saucisses et côtelettes.

Au mois d'octobre 1949, ma mère mettait des chocolats en boite chez Meunier à Noisiel (77), et mon BP, sacs de cacao sur l'épaule, déchargeait les péniches pour ce même établissement.

A l'école de Chelles (77), j'étais surnommé "le Marseillais", et comme tous mes camarades à la récréation, j' étais en attente devant les six urinoirs:

Prenez vos distances, en rang par six!

Première vague, aux urinoirs!




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